vendredi 21 juin 2019

ADTP, assembleur de technologies

Mont-Blanc Excellence : un label pour « rester dans la course »

« Ce label est une grille de lecture de l’entreprise qui conduit à la réflexion et à l’anticipation. Et à nous poser les bonnes questions », assure Jean-Pierre Martinod. Notamment en termes de stratégie, de pilotage, de communication, volets qu’il a depuis intégré. « Plus important encore, il nous a amenés à structurer notre organisation dans un environnement complexe, étant multi-sites, multi-technologies et multi activités ». ADTP a achevé son autodiagnostic en avril, lui permettant ainsi d’identifier ses axes de développement critiques et d’achever la rédaction de sa feuille de route en juin, pour s’engager sur deux années supplémentaires avec le label.

À l’heure de l’industrie 4.0, le spécialiste haut-savoyard de l’intégration électronique et des solutions d’assemblage a choisi de faire de la RSE un véritable levier de performance au service de l’humain.

La RSE (Responsabilité sociale de l’entreprise), elle connaît. ADTP en a même fait son ADN à sa création, en 1957… quand aujourd’hui les entreprises françaises la considèrent comme un levier d’action positif de leur activité sur la société, voire un argument de valorisation financière. « Bien qu’ayant un statut associatif, nous sommes une entreprise à part entière, dans le sens où nous créons de la valeur et de l’emploi, notamment aux personnes en situation de handicap », précise d’entrée de jeu Jean-Pierre Martinod, le directeur général d’ADTP, à la tête de cinq sites de production regroupant des entreprises adaptées (EA) et des établissements de service ou d’aide au travail (Esat).  

« Faire de notre différence une force »

En 2019, 80 % des effectifs d’ADTP sont des personnes en situation de handicap, soit 480 employés sur les 600 embauchés. 40 % d’entre elles sont en Esat, 60 % en entreprise adaptée. Résolument engagée, ADTP ne se limite pas à être un employeur mais se veut aussi un accompagnateur social. « Nous avons commencé à infléchir la courbe d’absentéisme le jour où nous avons pris en compte les besoins sociaux de nos salariés », reconnaît le dirigeant. Au-delà de l’adaptation des horaires imposées par le handicap ou la situation familiale, ADTP recourt aux compétences de professionnels de l’action sociale pour apporter écoute et conseils face aux aléas de la vie : situation financière, accès au logement, difficultés de diverses natures... « L’idée est d’aider chaque salarié à résoudre ses problèmes personnels afin qu’il puisse être plus disponible pour répondre aux exigences de son travail ».

Le défi des procédés de fabrication

Si ADTP conjugue désormais près de 20 métiers sur cinq sites en Haute-Savoie, elle détient un vrai savoir-faire industriel et une expertise dans l’intégration électronique et la connectique filaire ainsi que dans les solutions d’assemblage et de conditionnement. Pas de création de produit donc, mais la conception et la mise au point de procédés de fabrication. « Ces deux activités pèsent actuellement 80 % de notre chiffre d’affaires, qui s’affiche à 15 millions d’euros en 2019, en croissance annuelle de 2 à 5 % depuis bientôt dix ans », confirme Jean-Pierre Martinod, pointant aussi la création d’emplois en hausse de 7,2 % ces sept dernières années.

Tout d’abord, l’intégration électronique qui consiste à fabriquer puis à assembler et connecter entre eux fils, câbles et cartes dans des boîtiers. De la petite série principalement qui n’excède pas les 30 pièces en moyenne, et du sur-mesure quand il s’agit de réactivité. Exemple parlant, la valise fabriquée pour Alstom Transport visant à collecter des données via des capteurs installés sous les rails pour enregistrer le passage des trains, distribuée en France et en Chine. Ou encore l’armoire de contrôle de dispositifs relié à l’accélérateur de particules du Cern. Pour Smoove, n°1 en France du Vélib, ADTP fournit la potence, dont elle assemble le boîtier électronique. Au global, quelque 60 clients, start-ups et grands groupes, de Schneider Electric, Label Cobham, Mecasonic, Skiply, Scaime… à Tesa ou encore Termofischer, deux PME suisses spécialisées respectivement dans le pesage et la spectrométrie de masse.

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Alstom Transport confie à ADTP la fourniture complète de son coffret de collecte de données ferroviaires, exportés directement en Chine.

Autre activité majeure, la mise au point de solutions d’assemblage de produits simples ou complexes. Là encore, l’objectif n’est pas de faire de la sous-traitance stricto sensu mais « d’apporter une réponse à la problématique d’un client » pour tendre vers un assemblage de qualité au meilleur coût. Ce qui réclame de vraies compétences et des procédés pointus en constante évolution. Dernier cas de figure, le tapis détecteur de mouvements inventé par Anaxi Technology pour éclairer l’environnement du lit des personnes dépendantes et ainsi prévenir les chutes. « Nous avons collaboré avec cette start-up dès la conception du produit. Avec l’objectif de réduire le prix et de minimiser l’investissement par des systèmes semi-automatisés. La “ressource“ la plus adaptable reste l’être humain et pour longtemps encore, d’où l’intérêt de solutions qui associent homme et machine (cobot) », souligne Jean-Pierre Martinod. Selon lui, « ADTP est avant tout une boîte à outil technologique » avant d’ajouter « Nous sommes très souvent l’outil industriel des entreprises de petite taille qui ne disposent pas de l’éventail de nos savoir-faire ou d’entreprises à la recherche de souplesse et de réactivité ».

Robotiser pour optimiser la relation homme-machine

Co-définir des solutions d’assemblage avec ses gros clients a conduit ADTP à investir dans des lignes robotisées, dédiées à la fabrication de leurs produits. Après l’intégration d’une première ligne pour Téfal en 2018, une 2e suivra cette année pour NTN-SNR. « Nous serons amenés à utiliser davantage de robots pour manipuler et transporter les pièces dans une logique de réduction des troubles musculo-squelettiques (TMS) ». Cette transformation, ADTP ne la réalisera pas seule. L’entreprise s’est entourée d’intégrateurs pour concevoir des lignes d’assemblage robotisées spécifiques. L’investissement industriel a totalisé 3,5 millions d’euros ces deux dernières années, et se concrétise par un accroissement de la surface de production et de l’offre technique. Pour faire face à ce transfert d’expériences des clients et aux évolutions technologiques, ADTP a également créé, en 2018, une Direction Technique. Parallèlement, cette orientation stratégique s’est traduite par une hausse significative de la formation pour faire monter en compétence les salariés « et découper les tâches pour qu’elles soient accessibles à tous ».

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Grâce à cette nouvelle ligne de montage, ADTP a pu se positionner sur le marché des microcartes électroniques

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Montage des cages de protection en fibre de carbone pour drones dédiés à l’inspection d’espaces confinés, mis au point le fabricant suisse Flyability

Patricia Rey, journaliste