mardi 15 décembre 2015

CIME BOCUZE, le leader français des alliages en tungstène

Fabriquant des composants de haute performance à base de poudres métalliques, cette entreprise doit son succès à sa stratégie de diversification et d’innovation. Avec un taux d’export de 80%, son savoir-faire est reconnu dans le monde entier.

L’armement, mais aussi l’aéronautique et l’industrie

C’est le seul fabricant français de composants en métal lourd à base de tungstène, avec des densités de matériaux de l’ordre de 17,6 à 18,3. Filiale du groupe autrichien Plansee, située à Saint-Pierre-en-Faucigny, Cime Bocuze commercialise sous la marque Plansee Tungsten Alloys des alliages fabriqués à partir de poudres métalliques, essentiellement du tunsgtène, mais aussi du fer, du nickel, etc. L’entreprise exporte 80% de sa production, avec une présence dans 37 pays, mais cette diversification géographique qui lui vaut ses bons résultats n’a pas toujours été à l’ordre du jour.

Créée en 1884 par Johannes Bocuze, la société du même nom a fusionné en 1970 avec la Compagnie industrielle des métaux électroniques (Cime), spécialiste du tungstène qui possédait une usine à St-Pierre-en-Faucigny depuis 1947. Passée dans les escarcelles de Thomson CSF, Ugine Kuhlmann et Péchiney, elle est rachetée en 1993 par GIAT Industries (Groupement industriel des armements terrestres). « L’armement représentait alors 60% de notre chiffre d’affaires, relate Joël Courant, directeur général de Cime Bocuze depuis 2012. La production de tungstène était liée aux besoins de la Défense française et nous dépendions de la dotation pour les munitions à énergie cinétique du char Leclerc. » Cette dotation ayant pris fin en 1999, l’entreprise amputée de 60% de son chiffre d’affaires a été mise sur le marché et c’est son principal concurrent, le groupe autrichien Plansee, qui a racheté les deux tiers de ses parts. Le groupe Nexter, dont GIAT Industries est la maison-mère, en est resté l’actionnaire minoritaire avec 34% du capital. C’est un tournant stratégique majeur pour Cime Bocuze.  

2014 et 2015, deux années record

Adossée à un groupe industriel de métallurgie, l’entreprise se diversifie alors et investit. La Défense représente désormais 30% de son activité sur une année normale. 2014 a toutefois été une année record car l’armement a constitué 50% de son chiffre d’affaires qui s’est établi à 25,6 millions d’euros (20,6 millions d’euros en 2013, 22,2 millions d’euros en 2012). « Nous clôturons en février et le chiffre d’affaires pour 2015 sera équivalent à celui de 2014, à 25 millions d’euros, avec même un meilleur résultat, estime Joël Courant. » 30% de l’activité de Cime Bocuze sont destinés au marché aéronautique, 30% aux produits standards  (matériaux pour l’électroérosion, masses d’équilibrage, barres d’outils antivibration, etc), et 10% à l’horlogerie et aux contacts électriques.

Cette diversification des marchés s’est accompagnée d’une diversification géographique, d’autant que la société a accès à un marché mondial, bénéficiant de la synergie du groupe Plansee (1,3 milliard d’euros de chiffre d’affaires) qui possède 30 usines dans le monde et 72 filiales de distribution. « C’est l’export qui nous a permis de survivre et de progresser, rappelle Joël Courant. Cette année, nous venons de gagner trois gros clients, en Pologne, en Inde et en Angleterre, avec des chiffres d’affaires de 2 millions d’euros par client. » Pour fournir à ses clients des matériaux de haute performance, Cime Bocuze investit chaque année un million d’euros pour renouveler son parc machines et améliorer la production.

Un service R&D pour définir les besoins du client

L’entreprise mise sur l’innovation pour se différencier sur un marché férocement concurrentiel. Elle dispose en effet de son propre centre de R&D et six collaborateurs sur un effectif de 68 salariés s’y consacrent, trois personnes pour le service R&D et trois personnes pour le laboratoire d’analyse des matériaux. « L’innovation porte sur les alliages, mais aussi sur les process pour garder toujours un temps d’avance sur nos concurrents, explique-t-il. Pour répondre aux besoins de nos clients, nous pilotons les alliages en fonction des caractéristiques mécaniques voulues : résistance mécanique, ductilité, résilience, etc. Notre directeur R&D se déplace souvent avec le directeur commercial chez le client pour définir précisément ce besoin. C’est ce qui nous différencie de nos concurrents, nous avons vraiment un service R&D dédié aux applications du client. » 100% des composants fabriqués sont testés sur place, notamment par le laboratoire d’analyse des matériaux pour les tests par ultrason pour détecter les inclusions, les tests par ressuage, les tests de corrosion, et l’atelier de métrologie pour les contrôles de mesure dimensionnelle.

Cime Bocuze fournit à ses clients une prestation globale : usinage, mise en forme, assemblage, peinture, marquage, traitement thermique, etc. Equipés en CFAO, elle travaille en étroite collaboration avec le client, dès la phase de conception s’il le souhaite. Ses solutions achevées sont prêtes pour être intégrées dans l’application finale.

Face à ses concurrents, l’entreprise renforce aussi son arsenal de certifications. Déjà Iso 9 001 et EN 9 100, elle vise la certification Iso 14 001 pour 2016. Et pour affronter cette concurrence mondiale, Cime Bocuze s’est affranchie de la Chine pour son approvisionnement en tungstène par le biais du groupe Plansee. Tandis que 83% des ressources mondiales de tunsgtène sont en Chine, où sont aussi de nombreux utilisateurs de ce métal, Plansee a racheté en 2008 GTP (Global Tungsten & Powders) qui produit de la poudre de tungstène et fait de la transformation de déchets et de copeaux d’usinage.

Article rédigé par Dorothée THENOT, journaliste