mardi 15 janvier 2019

SUCCESS STORY AVENTICS «Une stratégie d’intégration de valeur porte ses fruits» - interview d’ Étienne Piot, président d’Aventics France

Rachetée en juillet par l’Américain Emerson, l’entreprise haut-savoyarde accélère ses développements dans les valves pneumatiques et les solutions dédiées high-tech.

 Longtemps dans le giron du groupe Bosch, l’entreprise a vécu des changements majeurs ces dernières années ?

Nous avons appartenu pendant 28 ans au groupe Bosch, jusqu’à ce que celui-ci décide de se séparer de la branche pneumatique, revendue en 2014 au fonds germano-scandinave Triton (coût de la transaction : 527 M€, Ndlr). De là est née Aventics, marque créée ex-nihilo, forte d’un chiffre d’affaires de 360 millions d’euros et de ses 2 100 collaborateurs dans le monde. S‘en est suivie une période de restructuration, avec la reprise de l’activité vérins hydrauliques par Bosch en 2016 (cf. plan social avec le départ volontaire de 50 salariés). Ce rachat nous a beaucoup apporté en réactivité et en dynamisme, avec un top management attentif et présent.

Avec à la clé, un important plan d’investissements ?

Il a fallu réhabiliter le site de production après le transfert de l’activité vérins hydraulique en Allemagne. Un plan de modernisation a été engagé en 2017 sur deux ans, pour un montant de 7 M€. L’organisation lean manufacturing a été revue pour être toujours plus efficace et flexible. Réorganisation qui s’est ensuite étendue à la logistique. Nous avons aussi investi dans des machines d’usinage 5 axes dernière génération.

À partir de là, Aventics France s’est diversifiée dans l’injection plastique… pour gagner en valeur ajoutée ?

En tant que fabricant leader dans les composants et systèmes pneumatiques intelligents dédiés à l’automatisation des machines de biens de production - et Bonneville étant le site pilote d’Aventics pour les valves pneumatiques -, il nous est apparu important d’internaliser l’injection plastique pour conforter notre stratégie d’intégration de valeur. C’est un procédé que nous avons adopté il y a plusieurs années pour concevoir les corps des valves qui, classiquement, sont en alu usiné. Nous avions la maîtrise et la conception – à date, 10 % de notre effectif travaille en bureau d’étude ! – mais pas la fabrication. Après des problèmes de qualité rencontrés avec certains de nos sous-traitants, nous avons lancé l’activité, qui est aujourd’hui une réussite totale. Début 2017, nous avons intégré une première machine… et une 3e dernièrement afin de couvrir nos besoins en interne. Une partie est toujours sous-traitée, mais nous réalisons les pièces les plus techniques et sophistiquées. Avec une vraie montée en cadence ces derniers mois.

Autre success story si l’on peut dire, la vente d’Aventics à Emerson cet été ?

Au printemps, notre actionnaire Triton a estimé qu’il était temps de vendre l’entreprise. Trois candidats se sont succédés, avec parmi eux, l’Américain Emerson qui a été séduit par nos savoir-faire et notre capacité à innover tant en termes de produits que de process. Dans le domaine de l’injection plastique bien sûr, et des valves. Notre dernière innovation, la valve AV03, est à ce jour la plus compacte et certainement la plus performante au monde. Ces produits mécatroniques, conçus sur notre site de Bonneville, intègrent un pilote qui déclenche l’impulsion électromagnétique de la valve… Pièce de 20 composants dont nous assurons d’ailleurs la fabrication en interne depuis 2013. Ces innovations ont largement contribué au rachat d’Aventics, officialisé en juillet 2018.

Un groupe industriel avec lequel vous avez de réelles synergies ? Comment se passe l’intégration ?

Emerson coté à la bourse de New York est spécialisé entre autres dans les vannes de contrôle, communément appelés Fluid Control employé dans l’industrie de process dans la pétrochimie, la pharmacie, l’agroalimentaire… alors que notre expertise réside dans le Fluid power (comprendre l’énergie utilisée comme actionneur pour produire des mouvements). En cela, nous sommes donc très complémentaires. Nous sommes en phase d’intégration et tout va très vite. Les activités du site de Bonneville sont confortées, avec l’ambition toujours d’innover dans les valves pneumatiques.

Autre vecteur de croissance, le développement de solutions dédiées pour certains secteurs de l’industrie ?

Notre savoir-faire dans l’injection plastique nous a amené à développer une solution pour le soufflage de bouteilles PET à haute pression, de 20 jusqu’à 40 bar. L’enjeu est d’optimiser le process – nous avons aussi travaillé en amont avec des embouteilleurs - pour que nos clients puissent gagner en productivité et améliorer la répétitivité des process.

Même démarche dans le médical ?

Là encore, nous concevons des solutions miniaturisées, types microvalves (la dernière en date, la MSV8, fait à peine 8 mm de diamètre), qui entrent dans la fabrication des concentrateurs d’oxygène, appareils très sophistiqués. Nous sommes en phase de démarrage, soutenu par Emerson présent sur ce marché depuis longtemps.

Avec d’une part, les valves pneumatiques destinées à un large marché de machines de biens de production, et de l’autre, des solutions clients dédiées, Aventics a de beaux jours devant elle. Nos innovations et nos avancées majeures dans l’industrie du futur, ajoutées à la maîtrise totale de la chaîne, sont de vrais atouts pour conforter notre leadership et gagner des parts de marché.

En quoi votre engagement dans le 2e cycle du label est créateur de valeur ?

S’engager dans sa nouvelle version nous a permis de mener un travail de réflexion stratégique à 360° sur toutes les fonctions de l’entreprise et de se poser des questions sur des aspects que l’on n’a pas forcément à l’esprit.

Le comité de direction s’est mobilisé avec le soutien du pôle Mont-Blanc Industries pour évaluer les forces et les zones d’amélioration, prioriser les thèmes sur lesquels il veut travailler et établir des plans d’action. Nous avons trouvé le nouveau questionnaire du label plus pertinent et pointu, en particulier concernant l’innovation et la stratégie marketing. Le label s’inscrit complètement dans la démarche d’amélioration continue.

Patricia Rey, journaliste

Aventics France en chiffres

  • Siège : Bonneville (74°
  •  CA 2018 : 50 M€
  • Répartition CA : 2/3 valves ; 1/3 solutions clients
  • Effectif : 300 salariés
  • Part à l’export : 75 %

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Légende: Valve plastique @Aventics France

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Légende: Étienne Piot @Aventics France